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Bordeaux dans le rouge

Bordeaux dans le rouge

A la lutte pour sa survie sportive et financière après le retrait de King Street, les Girondins ne ressemblent plus à grand chose. Récit d’un beau « footoir »

« Honte à vous », « Vous êtes des merdes ! », voici les quelques mots doux des Ultras Marines à l’adresse de leurs joueurs sur les murs du Haillan, habituellement si tranquille, après une lourde défaite face à Lorient qui lutte aussi pour le maintien. Oui, Bordeaux club historique du football français joue sa survie en Ligue 1. Les joueurs de Jean-Louis Gasset n’en finissent plus de dégringoler et flirtent aujourd’hui avec les barrages à trois journées de la fin.

Comme une vilaine tâche de picrate dans la grande Histoire d’un club français emblématique vieux de cent-quarante ans qui nous a offert tant de grands crus. L’épopée européenne de 1996 de Zidane, Lizarazu et Dugarry (sans oublier Didier Tholot), le titre de champion de France en 1999 et son final dingue, ou encore celui de 2009 avec Laurent Blanc à la baguette et Gourcuff en maestro.

L’actualité des Girondins en 2021, ce sont les mauvais résultats qui s’enchainent et les embrouilles de vestiaire. Dans la tempête, capitaine Koscielny a bien tenté de provoquer un électrochoc. C’était sans compter sur le caractère tempétueux d’un Ben Arfa devenu depuis deux ans un intermittent du spectacle qui change de clubs comme de crampons. Ambiance, ambiance… Le jeune milieu de terrain Yacine Adli a bien tenté de minimiser en déclarant qu’il n’y avait pas de clan. « On n’est pas dans Koh Lanta », a-t-il ajouté pour détendre l’atmosphère. Certes, mais à regarder les Girondins vendanger sur le terrain autant que les vignerons locaux, s’enfonçant un peu plus week-end après week-end, « la sentence est irrévocable », comme dirait Denis Brogniart : les Girondins trainent ostensiblement leur misère.

King Street, fast foot à emporter

Et puis le dernier coup de massue est arrivé le 22 avril dernier. King Street, fonds d’investissement américain et propriétaire du club aquitain depuis 2019, annonce dans un communiqué qu’il ne souhaite plus « soutenir le club et financer ses besoins actuels et futurs », invoquant le contexte économique lié à la pandémie et le retrait de Mediapro entrainant une baisse des recettes du football français.
Avec son nom qui s’apparente à une chaine de fast food du nord de la France, King Street n’est pas un mécène, et il est à parier que ses actionnaires ignorent qui est Benoit Costil ou Jimmy Briand (un crime !). La logique financière des Américains a transformé les Girondins en pur produit financier, désormais plus rentables, bien loin de son Histoire et de l’amour du maillot.
Bordeaux est malheureusement le symbole d’une dérive économique qui mène à la faillite des clubs confiés à des propriétaires ignorant les particularités du football et son impact social, au-delà de toute logique mercantile.

Place aux grands hommes

Frédéric Longuépée, président des Girondins, qui cristallise la rancœur des supporters et des illustres anciens (Duga qui met un bon coup de boule à la Zizou dans l’Equipe : « Longuépée rends ton tablier et dégage ! »), forcé de placer le club sous la protection du Tribunal de commerce, cherche un repreneur.
Qui sauvera le club du marasme ? Le maire de Bordeaux Pierre Hurmic a annoncé la constitution d’un « comité de suivi et de vigilance » avec des acteurs économiques et sportifs pour s’assurer que les Girondins ne soient pas vendus « au plus offrant » et « peser sur les choix du repreneur », tandis que François Pinault, propriétaire du Stade Rennais et d’un vignoble dans la région, presse ses collègues des grands crus de Bordeaux à s’unir pour investir dans le club. Il est même question d’impliquer les supporters dans le processus, à l’image des Socios en Espagne.

L’avenir reste donc flou sur les bords de la Garonne alors que son équipe en crise de résultats depuis janvier doit encore lutter jusqu’au bout pour rester en Ligue 1.

Avec les spéculations sur le rachat des Girondins et une valeur en nette baisse, ce n’est plus « Koh Lanta », ça ressemble aujourd’hui à « Affaire conclue ».

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