Les Bleus : Pourquoi parle-t-on autant « d’équipe africaine » à l’étranger ?

Au lendemain de la savoureuse victoire des bleus, je m’interroge comme beaucoup sur la réaction de certains médias étrangers qui ont critiqué la composition multicolore de l’équipe de France.

L’objet de ce billet n’est pas d’écrire un article sur le racisme dans le football mais de soulever les clichés et les difficultés de certains médias étrangers à considérer notre pays tel qu’il est avec ses habitants d’origines diverses et ses valeurs.

Pour que chacun se fasse sa propre idée, voici la composition de l’équipe de France :

Composition de l’équipe de France lors du mondial de 2018

Comment la polémique sur les joueurs « africains » des Bleus a fait le tour du monde (sauf en France) :

L’une des critique les plus remarquées vient des États-Unis. Trevor Noah, le présentateur sud-africain du Daily Show lance : « Je suis tellement content, l’Afrique a gagné la Coupe du monde ». C’est surprenant, car aux USA  le basket est composé en majorité de joueurs noirs sans que quelqu’un viennent prétendre qu’une victoire américaine est celle du Wakanda.

Équipe de basket des USA de 2012

Lorsqu’en 2013, Serena Williams remporte la finale dame de Roland Garos. Personne en Europe ne parle de victoire de l’Afrique.  Naturellement, sa victoire est vue comme celle des États-Unis dont elle a porté les couleurs.

Pourquoi est-ce différent avec l’équipe de France ?

De l’autre côté des Alpes, les médias ont relayé l’avalanche de commentaires racistes sur les réseaux sociaux dès la fin du match de la finale France-Croatie. De nombreux internautes parlent « de singes avec un ballon », de « champions du tiers-monde », et saluent « la victoire de la première équipe africaine ». « C’est l’Afrique qui a gagné », a titré La Reppublica, qui condense les vitupérations racistes d’un certains nombre d’internautes.

Habituellement je n’accorde pas beaucoup d’importance aux gros titres des médias, mais il est intéressant d’étudier le lien entre le contenu de journaux ou d’émission TV et les tendances d’une certaine frange de la population. En effet, on ne peut analyser sérieusement le racisme contemporain sans s’interroger sur l’influence éventuelle des médias dans la progression, la diffusion, mais aussi la régression du phénomène.

Une question en amenant une autre, le champ d’interrogation s’élargit très vite :

  • Pourquoi une équipe composée de joueurs français est-elle qualifiée  « d’équipe africaine » ?
  • Pourquoi les gens sont-ils aussi souvent catalogués dans une « case couleur » ?
  • Fin mars, l’équipe de France s’est rendue à Saint-Pétersbourg pour l’un de ses derniers matchs avant la Coupe du monde. Mais quand Pogba ou Dembélé s’emparait de la balle, les spectateurs poussaient des cris de singe. Pourquoi, en 2018 dans un contexte de mondialisation qui devrait rapprocher les gens, certains supporters rejettent autant les joueurs étrangers ?

Je ne vais pas toutes les lister ni même y répondre dans ce billet mais ceci m’amène au constat suivant :

  1. Un long chemin contre la ségrégation a été parcouru, mais le match contre le racisme n’est pas encore gagné.
  2. Par-delà certaines frontières nous sommes toujours considérés comme un pays « blanc » et la présence de joueurs noirs semblent illégitime dans l’esprit de certains.
  3. Le football est révélateur du meilleur comme du pire. Il peut être un miroir positif comme un exutoire révélateur de violence et d’intolérance.

Ce type de critiques est une excuse pour mieux oublier la défaite. Elles traduisent parfois une certaine forme de frustration. Pour ne citer qu’eux, nous amis italiens qui n’ont pas été sélectionnés pour participer au mondial, se sont montrés très critique vis à vis de l’équipe de France. Cette vision du monde est peut être révélatrice d’un courant de pensé anti-immigration très présent en ce moment.

L’ère de la « Fast News » continue de se développer. Les articles de fond laissent souvent la place aux billets faciles à lire ou au buzz, bien plus rémunérateur. Si vous en doutez encore, il suffit d’observer les unes des journaux depuis  Google news : La presse est une grande masse uniforme qui traite des mêmes sujets !

Une autre explication nous ramène à la manière dont l’individu a souvent tendance à se définir. En effet, beaucoup d’entre nous se définissent selon leurs origines socio-culturelles. Si nous nous définissions de cette manière, qu’attendre des médias étrangers ?

Par exemple, dans cet article sur l’instrumentalisation du football, l’auteur écrivait avoir été critiquée pour avoir parlé « d’excellence black ». Dans l’absolu, une  telle expression ne devrait choquer personne mais sur le fond cette approche ne fait qu’enraciner le  communautarisme en opposant les français entre eux, d’autant que l’auteur assimile les noirs à des groupes dominés. Pourquoi ne parle-t-on tout simplement pas d’excellence française ?

A l’inverse d’autres français français identifiés comme noirs sont exténués d’être en permanence renvoyées à une altérité radicale. C’est l’idée que, du fait de leur couleur, ils ne sont pas tout à fait comme les autres.

Avec le football la victoire ne découle pas des qualités d’un seul homme, elle se nourrit du savoir-faire et du dynamisme d’un groupe d’individus qui excellent et se complètent chacun dans leur domaine : entraineurs, sélectionneurs, nutritionniste, médecins du sport… Ceci n’enlève en rien le talent de certains joueurs mais nous rappelle que le succès ne se limite pas à une sommes d’individualités aussi talentueuses soient elles.

Je pense malgré tout qu’il ne faut pas accorder trop d’importance à ces critiques pour plusieurs raisons :

Notre pays en champion du monde grâce à un projet commun. On se moque de savoir qui des bleus a marqué le plus de but, l’important dans cette compétition est le collectif, je veux dire par là l’ensemble du groupe et pas uniquement les joueurs sur le terrain.

20 ans après la France Black Blanc Beur, la coupe du monde de 2018 a fait bien plus pour la société française en quelques semaines que certaines associations contre le racisme pendant des années. Miroir d’une société qui n’a pas encore réglé tous ses problèmes de discrimination, le football peut paradoxalement être utilisé comme vecteur de rapprochement.

La notion générale de méritocratie, adulée par de nombreux peuples, renvoie au principe qu’une société juste est une société qui octroie à chacun la place qu’il mérite, en fonction de ses efforts et de ses talents, plutôt qu’une place abusivement héritée. La constitution de l’équipe de France en est un parfait exemple. Le choix n’a pas dû être simple car il a fallu injustement brider un talent pour que d’autres s’épanouissent et c’est ainsi qu’elle a brillé.

 

6 COMMENTAIRES

  1. Cela prouve tout simplement que la France s’est mettre en valeur ses talents. Didier Deschamps avait pour objectif de faire gagner la France et il l’a fait, grand merci à lui et au Staff

  2. Ça soulève le statut des noirs en France et beaucoup d’autres questions :

    Pourquoi les métisses sont souvent considérés comme des noirs ?

    Et Pourquoi certains noirs préfèrent se faire appeler « black » ?

    Pourquoi d’un côté toujours cette recherche de la victimisation ?

    Pourquoi est-ce risible pour certains d’aligner une équipe qui n’est pas complètement à l’image de sa population ?

  3. Cette critique est étrange et paradoxale car la France est sans doute le pays où il y a le plus de métis au monde après le Brésil. Allez demander à un métis s’il est noir, blanc, asiatique ou magrébin. Il vous répondra probablement qu’il est un peu des deux mais avant tout français. Quand aux italiens malheureusement plus de rien ne m’étonne chez eux, ce sont les grands looser du mondial alors ils se défoule sur les vainqueurs.

  4. Il faut se méfier de la récupération médiatique. Avec les uns qui vont prôner les bienfaits de la mixité culturelle et les autres qui font faire croire au grand remplacement. Je suis d’accord DD a eu du courage avec cette équipe et cela à marché. Merci à lui

  5. Pourquoi trop de noirs ? La discrimination sociale apparaît du fait que nous avons tendance à percevoir les individus en fonction des groupes auxquels ils appartiennent. Cette perception est par définition erronée, ou biaisée, mais elle est souvent inconsciente et répond à deux besoins psychologiques. D’une part, elle nous aide à simplifier la complexité du contexte social en expliquant le comportement d’une personne sur la base de caractéristiques attribuées à son groupe (stéréotype). D’autre part, elle nous permet de porter un jugement positif sur les groupes auxquels on appartient, en se comparant à d’autres groupes auxquels on n’appartient pas. En conséquence, la catégorisation sociale amène souvent à de la discrimination. C’est sans doute l’une des raisons qui poussent des étrangers à moquer l’équipe de France.

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